Perpétuels retours du confinement #1

Jeudi, 21 Mai 2020 (Image: Les premiers développements argentiques depuis l’avant-confinement)

Durant le confinement, rien n’allait de soi. Toutes nos petites habitudes quotidiennes, tous nos petits conforts appartenaient au passé. Aller à la boulangerie? Attendons la sortie hebdomadaire, on ne sait pas… Peut-être est-on un danger pour les autres? Un porteur sain?

La moindre sortie était source d’inquiétudes parce qu’elle était une cause potentielle de contamination pour nous et pour autrui. A cela venait s’ajouter un deuxième paramètre ; Chacun surveillait son prochain dans une espèce de co-psychose partagée (et nécessaire, tant qu’elle était raisonnable.) : Les autres mettent-ils leurs masques? Ai-je raison d’en porter un alors que le gouvernement lui-même n’a pas été clair sur ce sujet? Faut-il respecter les consignes données par l’état lorsque une personne sur deux semble ne pas le faire? Chaque sortie était source potentielle de questionnements éthiques. Ai-je bien raison de sortir? Est-ce qu’il ne faudrait pas attendre un jour ou deux? Suis-je raisonnable? Tous ces questionnements me paraissent aujourd’hui déjà bien lointains, tant tout un chacun, semble plus ou moins avoir compris ce qu’est le civisme dans ce contexte d’épidémie et quelle est son importance.

Avec le recul, je serais bien curieux de savoir à quoi tout cela ressemblait au même moment, dans mon Alsace natale. Une région où probablement l’absence de transports en commun et la quasi-impossibilité de sortir de chez soi ne sont pas autant dérangeants qu’à Paris (bien qu’ils l’étaient sans aucun doute), en cela que chacun a plus ou moins son espace vital. Tout du moins plus qu’à Paris où les petits appartements d’une dizaine de mètres carrés sont non seulement bien trop courants, mais sont également les seuls accessibles pour beaucoup d’entre nous. Il est vrai que les parisiens sortent beaucoup. Mais un Paris sans ses cafés, sans ses musées, un Paris sans ses cinémas, sans ses bars, sans ses cafés (c’est vraiment important les cafés à Paris, il convient donc de l’écrire deux fois !), magasins, bibliothèques, piscines et autres divers lieux d’aventures citadins… Il faut le dire, un Paris sans tout cela et qui plus est en étant confiné, c’est une ville où l’on frôle l’asphyxie.

La photographie de rue, discipline à laquelle correspond l’essentiel de ma pratique de la photographie, était évidemment devenue difficile durant cette période, en raison du peu de temps que l’on était autorisés à passer en dehors de chez soi. Mais le fait de déclencher sur le vif me manquait. J’avais peur de perdre mes réflexes de prise de vue, peur de perdre un certain savoir-faire du cadrage et de l’anticipation, mais aussi des réflexes, qui sont des éléments essentiels de cette pratique.

Peur de perdre mon regard, étrangement.

Alors que fait-on quand les seules sorties autorisées se résument plus ou moins à faire ses courses vitales et à regarder par la fenêtre?

On photographie ces moments-là.

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